Yaël Margelisch, première à passer les 500km de vol, suivie par Seiko: moments émouvants

14 octobre 2019 - Temps de lecture: 4 minutes

Source: 20minutes et Fly with Andy

Les émotions auront fait des montagnes russes durant le séjour brésilien de Yaël Margelisch. La pilote de Verbier (28 ans) avait décidé de prolonger la durée de sa présence en Amérique du Sud, après y avoir disputé une épreuve de Coupe du monde, pour tenter de battre le record du monde féminin du plus long vol libre, en ligne droite. La Valaisanne était parvenue à ses fins il y a un peu plus d’une semaine, atteignant l’impressionnante distance de 448km. Une marque qui devait encore être homologuée par la Fédération (FAI).

448 km en l’air et un record du monde

Coup de théâtre quelques jours plus tard, cependant, puisque Seiko Fukuoka Naville a amélioré le record d’une vingtaine de kilomètres, lors d’un vol réalisé un peu plus au nord du pays (voir le compte rendu sur son compte Facebook). "C’était un coup dur", explique la Valaisanne ainsi délestée de son record. "Je me sentais un peu comme la Poulidor du parapente, parce que je suis quand même souvent arrivée deuxième dans des compétitions ces derniers temps. Pendant les quatre jours qui ont suivis on n’a rien pu faire d’autre que de décoller et de parcourir une quinzaine de kilomètres avant d’abandonner à cause des conditions insuffisantes. Frustrant."

Yaël Margelisch a ainsi vu ses chances d’aller encore plus loin s’amenuiser de jour en jour, au fur et à mesure qu’approchait le décollage de son avion pour rentrer en Suisse, dimanche dernier.

Pas très loin du record masculin

L’occasion s’est pourtant présentée samedi. Le vol de la dernière chance. Après avoir décollé une énième fois à Caico (nord-est du Brésil), tractée par un treuil, la pilote du val de Bagne a touché les vents tant attendus en compagnie de ses partenaires habituels, Clément Latour et Reynald Mumenthaler, ainsi que trois autres pilotes.

Après une aventure de 10h20 dans le ciel, Yaël s’est posée au milieu de nulle part – "l’une des voitures venues nous récupérer s’est même perdue", rigole-t-elle – en ayant parcouru 552km. Au passage, elle a fixé à 532km le nouveau record du monde féminin de la plus grande distance libre. "J’espérais vraiment pouvoir atteindre un jour la barre mythique des 500 km. Rêve accompli. En plus, par rapport à la première fois, je suis nettement plus contente de la manière dont j’ai volé. Il nous a peut-être juste manqué deux vents thermiques pour aller encore tutoyer le record du monde libre absolu (ndlr: passé cette semaine à 580km), mais ce n’est pas bien grave. Cette fois, j’espère que la marque tiendra un peu plus d’une semaine, même si on ne pourra pas m’enlever le fait d’avoir été la première femme à franchir la barre des 500!" Là encore, la FAI devra valider la performance.

A noter qu’un autre Suisse, Michael Küffer, a également battu la semaine dernière un record du monde. Il s’agit de celui de la plus longue distance en ligne droite vers un but déclaré. Le Zurichois de 30 ans a atteint 505km.

Voir les vols réalisés le 12 octobre sous XContest.


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Nicolas Plain traverse les Alpes de Cannes à Sazlbourg

10 août 2019 - Temps de lecture: 3 minutes

Source: France 3

Aussi scientifique que parapentiste, Nicolas Plain revient tout juste d'un périple pas commun qui l'a conduit de la Méditerranée à l'Autriche. Une aventure de 1.000 kilomètres entre Cannes et Salzbourg réalisée en huit jours en parapente, à pied et en vélo. Un voyage au cœur des Alpes pour le plaisir, mais aussi pour la science. A bord de son "parapente laboratoire", l'Isérois a embarqué un capteur de pollution pour établir une carte des polluants.

"J'ai survolé la vallée de l'Arve à côté de Chamonix. Elle est très polluée à cause de différents facteurs : les usines, le poêle à bois, les camions qui passent, raconte l'explorateur scientifique. Et quand j'ai passé la frontière suisse derrière Chamonix, je me suis retrouvé à pédaler dans la vallée du Rhône. C'est un univers complètement différent avec beaucoup de vignes, beaucoup d'abricotiers et des personnes qui aspergeaient tous ces arbres de pesticides."

Actif sous sa voile mais aussi sur la Toile, toutes ses études et ses relevés, Nicolas les partage sur Youtube pour que le plus grand nombre puisse en profiter, puisse s'informer sérieusement. Après son périple à travers les montagnes, il a déjà réalisé deux vidéos retraçant son voyage. Des images impressionnantes, des paysages à couper le souffle et quelques jolies batailles contre les orages qui ont ponctué son voyage.

"L'idée, c'est de ramener la science sur les réseaux sociaux, de rapporter des travaux, comprendre les sources et essayer d'analyser, faire des mesures, parler avec des personnes dont c'est le métier... Tout ça de manière très ludique", résume Nicolas Plain.

Cap sur le Festival de Cannes

Durant son périple, le scientifique isérois est allé à la rencontre de ceux qui proposent des solutions contre le réchauffement climatique. Prochain projet: finir de monter et diffuser en public des films qui recensent ces initiatives, petites ou grandes, susceptibles d'apporter des solutions alternatives aux problèmes environnementaux.

Dynamique et toujours en mouvement, Nicolas Plain va maintenant s'atteler à la réalisation d'un second film sur ses aventures. "Il faut  sauver les Alpes", un documentaire de 52 minutes, sera diffusé au Festival de Cannes en 2020.


Séjour de parapente au Maroc au "Nid d’Aigle"

26 janvier 2019 - Temps de lecture: 4 minutes

Source: sud info

Zazou passe ses vacances sur la plage sauvage de Mirleft à surfer avec les copains, à manger les tajines dans les grottes, à trainer au souk et à refaire le monde chaque soir autour d’un feu de camp, une guitare à la main. Elle a 15 ans et, c’est déjà inscrit quelque part, en tout cas dans sa tête: quand elle sera grande, elle ouvrira son auberge à Mirleft. Pour surfer tous les matins, refaire des feux de camp et chanter des chansons berbères pour toujours…

Dix ans plus tard, tous ses amis sont mariés ou partis vivre en Europe, mais Zazou est là. Grâce à eux, elle s’est accrochée à son rêve, comme un parapentiste s’accroche à sa voile. Elle vit aujourd’hui au Maroc au milieu de la nature, des moutons, du peuple berbère, et de drôles d’oiseaux qui survolent son Nid d’Aigle à Tamelalt, à 17km de Mirleft.

Le Nid d’Aigle, c’est un spot de parapente, créé à la fin du siècle dernier par François, un Français fou d’air libre qui a voulu remettre son établissement pour voguer vers d’autres horizons. Avec l’aide de ses parents, Zazou reprend l’affaire et transforme le bâtiment vétuste en un lieu sympa qui fait aussi location de vélos et surtout auberge de charme avec 12 chambres et petit restaurant bénéficiant d’une superbe vue panoramique sur l’Atlantique, entre Tiznit et Legzira.

Après 2 ans de chantier, il a fallu amener l’eau et l’électricité, le Nid d’Aigle a réouvert en 2017. Une douzaine de jeunes du village y travaillent, ils sont tous passionnés de parapente mais leur priorité nº1, c’est l’accueil du voyageur. Sportif, artiste ou simple oiseau de passage, tout le monde se sent chez lui dans ce Nid d’Aigle où l’on trouve aussi aujourd’hui une piscine et un salon de thé, en terrasse. Attention, les pâtisseries y sont redoutables…

Heureusement la région donne envie de bouger et… d’éliminer. Le Nid d’Aigle est un excellent camp de base pour rayonner dans le Souss Massa Dra. À VTT, à cheval ou en 4x4, les pistes sont infinies vers Tiznit et Aglou où vous croiserez régulièrement les nomades et leurs troupeaux de moutons et de dromadaires

Coup de cœur pour le site d’Aglou-Grottes où les pêcheurs ont creusé leurs habitations dans la roche. Leur table d’hôtes est excellente. Nous y croisons Gontran Chevron, un jeune gars venu de Grenoble pour s’envoyer en l’air avec son fauteuil volant. L’accident qui lui a coûté une jambe ne l’empêche pas de continuer à voler avec sa voile au-dessus de la grande bleue. Total respect pour ce passionné qui milite aujourd’hui pour la reconnaissance du handi-parapente. Ce n’est pas parce que l’on est à mobilité réduite que l’on ne peut plus profiter des plaisirs de la vie… En parapente, je ressens la liberté d’aller où je veux, comme je veux, en tutoyant le ciel bleu !

Autre bonne adresse: le Riad el Janoub, tenu par Aby un flamand, belgo-marocain, dans la médina de Tiznit. Prya, son épouse indienne, prépare une cuisine savoureuse et lui connaît la région comme sa poche. Prya et Aby sont devenus de grands amis de Zazou et de son partenaire Abderrahmane... l’union fait la force!

Allez bon vent les amis…


De la Patagonie chilienne au Pérou par Antoine Girard

17 janvier 2019 - Temps de lecture: 9 minutes

"Raid ailé dans les Andes", carnet de voyage paru dans le GEO Aventure.

Une traversée de 2 700 kilomètres, en autonomie et en vol bivouac. Voici leur carnet de voyage.

Une première

"Au départ, nous voulions faire la traversée intégrale de l’Amérique du Sud. Mais nous n’avons jamais trouvé le bon créneau météo. Alors, nous nous sommes résolus à n’en faire que la moitié : partir du sud du Chili et remonter au nord de la Patagonie, en vol bivouac parapente. Pourquoi dans ce sens? Parce que l’aérologie est plus propice, avec des vents dominants qui nous poussent. Nous avons 35 kilos de matériel – tentes, duvets, nourriture, eau –, à porter lors des marches et à équilibrer dans le harnais une fois en l’air. Ce qui nous assure une dizaine de jours d’autonomie. Personne n’a encore osé s’engager plusieurs jours au cœur de la cordillère des Andes. Martin, mon partenaire, est moniteur de parapente, c’est sa seconde expédition après le Kirghizistan. Quant à moi, j’ai roulé ma voile un peu partout dans le monde, de Nouvelle-Zélande au Pakistan, où j’ai volé à 8 000 mètres, en passant par le Népal."

Du 31 janvier au 9 février 2018: Lonquinay - Rancagua

"Notre premier envol se fait depuis l’impressionnant volcan Lonquimay. On ne pouvait rêver plus beau décollage. Il a une forme parfaite, parsemé de pierres ponces noires rayées et de névés. Le cratère sommital est rempli de neige. La vue est superbe. Nous nous demandons pourquoi personne ne vient voler dans ce petit paradis. Nous comprendrons vite : les vents sont généralement trop forts dès 10 heures du matin. Il faut donc décoller et voler tôt pour rester en sécurité. Dès que nous quittons la zone des volcans, les thermiques – les colonnes d’air chaud qui nous font tenir en l’air – sont inexistants, certainement à cause des forêts humides à perte de vue qui empêchent la convection. Nous posons tant bien que mal en montagne pour remonter sur un autre sommet. Nous essayons de voler un peu plus tard dans la journée pour laisser le temps à la convection de s’installer mais c’est peine perdue… Il ne nous reste plus qu’à marcher! Mais les forêts sont tellement denses qu’il est très compliqué de les traverser à pied. Nous sommes étonnés aussi de la quasi-absence de faune. En l’air, les oiseaux sont très peu nombreux, les pauvres doivent galérer comme nous à cause du manque de thermiques! Sur terre, on croise surtout des lézards et des petits renards. Nous marchons trois jours pour chercher un nouveau décollage avant de retrouver la civilisation (au nord de Lonquimay) et finalement nous résigner. Il n’est pas possible de voler ni de marcher dans cette région. Nous avons progressé seulement de 50 kilomètres en 12 heures de marche sous un soleil de plomb terrible et sur 5 centimètres de pure poussière qui donne l’impression de progresser sur du sable liquide. Nous prenons un bus pour avancer de 120 kilomètres plus au nord en espérant des meilleures conditions. 

 

Nous voici sur le volcan Nevados de Chillán, qui crache une belle fumée blanche avec une odeur du souƒffre omniprésente. Impossible à survoler. Allez, encore du bus sur 200 kilomètres. Les 7 et 8 février, nous essayons d’atteindre un sommet décollable en parapente : deux jours pour faire 600 mètres eƒffectués d’habitude en une heure, toujours à cause de cette forêt impraticable! Nous trouvons finalement un passage via des ravins et des falaises. Sans corde, sur du rocher friable, c’est chaud… Mais on est payés de retour, le vol est agréable, bien que tout aussi difficile qu’au sud, toujours pas ou peu de thermiques à cause de la végétation. Notre exploration se révèle négative pour le vol bivouac sur cette section. Nous décidons de rejoindre le premier endroit que l’on sait volable qui est seulement 80 kilomètres plus au nord."

Du 10 au 21 février 2018: Rancagua - Los Loros

"C’est à Rancagua que nous commençons le véritable trip parapente. Les 100 premiers kilomètres jusqu’à Santiago sont vite avalés, le cheminement en vol est simple et nous volons en bordure d’une plaine sans arbres mais avec des thermiques généreux. Nous voilà dans les Andes. Le décor est d’abord fait de villes et de routes, puis d’arbustes et de cactus, avant les champs. Ensuite, c’est un désert montagneux, succession de sommets pelés. Le ciel est d’un bleu profond qui tranche avec les montagnes qui se déclinent en cinq à six couleurs différentes. Nous profitons de Santiago pour nous ravitailler en nourriture, afin de manger autre chose que le sempiternel menu semoule-céréales. Sur la première partie du trip, j’ai perdu cinq kilos! 

Nous quittons la civilisation pour un moment à Los Andes, il n’y a plus que du sable et des cailloux rouges à perte de vue. S’il est clair que les arbres ne nous gêneront plus, nous appréhendons cette entrée dans les déserts montagneux, où notre principale préoccupation sera de s’approvisionner en eau, les rares sources et rivières étant souvent polluées par les métaux lourds rejetés par les mines. Au deuxième jour dans le désert, nous sommes accueillis par des fourmis a•ffamées. Non contentes d’avoir percé nos tentes de plusieurs centaines de petits trous pour chaparder les grains de semoule, elles se sont attaquées au parapente posé au sol. Le tissu est devenu une véritable passoire… Plusieurs mètres carrés sont touchés, il n’est pas possible de réparer correctement. La seule solution consiste à renforcer le tissu par des bandes de ripstop autocollant sur les zones les plus touchées pour éviter que le parapente ne se déchire. C’est surtout le décollage qui se complique, car la voile lève moins bien. On vole quand même, perdus au milieu des 800 kilomètres de cordillère où, malgré un décor lunaire, nous constatons que toutes les routes mènent à une mine, même à 4 500 mètres d’altitude. 

Les jours s’enchaînent, les paysages martiens évoluent doucement vers des tons plus colorés en avançant vers le nord. Nos seuls points de repère sont les vallées profondes qui traversent la cordillère, jonction entre l’Argentine et le Chili. Chacune d’entre elles nous sert de repère géographique mais est aussi une nouvelle épreuve à franchir. La brise puissante constitue un véritable obstacle invisible, parfois plus de 60 km/h en journée et les terrains pour poser en cas d’erreur de vol sont rares. Les cultures de vignes, fruitiers ou autres remplissent entièrement un espace quadrillé par les lignes à haute tension. Ce sont des zones bien trop dangereuses pour les petits parapentistes que nous sommes, face à cette grande dame nature."

Du 21 février au12 mars: Caldera - Santiago

"Après 600 kilomètres d’exploration réussie en vol, nous butons sur le désert de l’Atacama. Impossible de voler. Nous parcourons une centaine de kilomètres en bus vers l’ouest pour rejoindre Caldera, au bord de l’océan. La suite se passe à la frontière entre l’océan et le désert. Le cheminement est un peu moins sauvage, la côte est parsemée de villages de pêcheurs. Les paysages sont tout aussi beaux que dans les Andes et finalement se ressemblent un peu. En fin de journée le vent du sud-ouest se renforce, nous devons anticiper le danger sans pour autant devoir se poser. Il sušffit de rester haut. Nous avalons les 800 kilomètres de côtes avec nos ailes en moins de dix jours. Cette sérénité prend fin au niveau d’Antofagasta, une zone militaire nous contraint à prendre le bus sur 50 kilomètres. Mais nous ignorons la présence de la seconde zone militaire juste au sud d’Iquique, qui n’est autorisée en vol que le week-end. Nous posons malheureusement dans le secteur en semaine. Les militaires nous encerclent rapidement pour nous emmener à la caserne, où, durant 4 heures, nous sommes interrogés et fouillés. Ils finissent par comprendre qu’on était juste d’inoffensifs parapentistes. Nous décidons de repartir en volant au sud pour rattraper la section manquante. De là, il reste 200 kilomètres de côtes à survoler mais les falaises se jettent directement dans l’eau, et nous avons besoin d’un bateau pour la sécurité. L’État, qui contrôle la zone pour limiter les trafics de drogue, nous demande presque mille euros par jour pour en louer un. Nous abandonnons et partons 200 kilomètres plus au nord, dans la cordillère. 

L’arrivée au Pérou est un nouveau départ pour l’exploration. Après deux jours d’observation et d’attente dans les montagnes, nous comprenons qu’il ne sera pas possible de voler en vol bivouac, à cause des vents violents quotidiens dus à la brise de mer. Nous mettons à profit les quelques jours restant pour réaliser l’ascension du volcan Ubinas, qui culmine à 5 672 mètres. Littéralement congelés après cette nuit passée en altitude où il est tombé 20 centimètres de neige, nous parvenons à décoller à 3 heures du matin. Avant de reprendre l’avion depuis Santiago, je m’autorise un dernier vol pour tenter de rejoindre l’Aconcagua (6 962 mètres), en Argentine, le plus haut sommet d’Amérique du Sud. Je suis contraint de m’arrêter à seulement 18 kilomètres du sommet. Sans visa, je n’ai pas l’autorisation de franchir la frontière. Dommage, car, pour une fois, toutes les conditions étaient réunies au niveau de la météo!"


Ascension dans les Alpes par Liv Sansoz

25 décembre 2018 - Temps de lecture: 6 minutes

Source: Le Monde

Les blasés des sports extrêmes ne manqueront sans doute pas de les trouver quelconques, mais les images capturées, le 11 septembre, par la caméra GoPro de Liv Sansoz lors de son décollage en parapente du sommet du Mont-Blanc (4 810 m) sont, pour elle, inoubliables. Cet envol depuis le "Toit de l’Europe occidentale" a marqué l’aboutissement d’un défi de dix-huit mois entamé le 2 mars 2017 : l’enchaînement des 82 sommets de plus de 4 000 m des Alpes.

L’alpiniste de 41 ans a tenu à le boucler à domicile, en ralliant, par le versant italien, ce dernier sommet qui surplombe son douillet appartement des Houches. Quarante-huit heures d’ascension en autonomie sur le très technique itinéraire de l’Intégrale de Peuterey qui s’était refusée à elle par deux fois au cours de l’été…

Par superstition, elle n’a prévenu personne de son départ avec l’alpiniste suisse Roger Schaeli, lorsqu’elle a entamé cette dernière course. "Il y avait du sable et du gravier, c’était sec et horrible, raconte-elle. Après les épisodes de canicules de l’été, le rocher bougeait de partout. Des cailloux comme des fours à micro-ondes tombaient autour de nous".

"L’enchaînement use, altère le jugement"

L’idée de "collectionner les 4 000" n’est pas neuve. En 1911, à l’âge de 52 ans, Karl Blodig, un ophtalmologiste et journaliste autrichien, a, le premier, gravi tous ceux alors recensés. Bien d’autres l’ont suivi, y ajoutant leur touche personnelle. En avril 2004, la quête du Français Patrick Berhault, guide et professeur à l’Ecole nationale de Ski et d’Alpinisme, a tourné court. Il a perdu la vie lors d’une chute sur l’arête suisse du Täschhorn au Dom des Mischabel (4 545 m), son 64e sommet, alors qu’il tentait d’établir un record de vitesse avec Philippe Magnien.

"Cela n’a l’air de rien car on emprunte souvent des voies normales, techniquement peu intéressantes pour les grands alpinistes, dit Liv Sansoz de cette épreuve d’endurance à cheval sur la France, l’Italie et la Suisse, mais l’enchaînement use, altère le jugement et peut conduire à l’épuisement". C’est pourquoi l’ancienne championne du monde d’escalade sportive (1997 et 1999), originaire de Bourg-Saint-Maurice (Savoie), a privilégié le partage et s’est adonnée à l’éloge d’une certaine lenteur.

"En compétition, tu te programmes pour gagner, explique la titulaire d’un DEA en psychologie cognitive et d’un DU de coaching et performance mentale. Il n’y a que toi et la voie d’escalade que tu réussis en allant chercher au plus profond de tes ressources mentales et physiques. Pour les 4 000, j’ai voulu célébrer l’aspect humain de la montagne, un alpinisme ordinaire qui me rendait responsable de mes compagnons et de leur sécurité. Il n’y avait ni podiums ni médailles, juste des journées de 18 heures encordés ensemble. Des moments très forts…"

Victime d’une déchirure

Amis ou connaissances, vingt-quatre alpinistes, grimpeurs, skieurs de pente raide ou parapentistes se sont laissés séduire. L’ancienne compétitrice a pimenté sa quête en exigeant que chaque sommet soit rallié à pied, depuis les vallées, sans utiliser de remontées mécaniques. Et chaque redescente effectuée à skis ou en parapente, chaque fois que les conditions le permettaient.

Sur cinq des 82 sommets, elle a dû s’y reprendre à deux fois, parce qu’un compère a perdu en route ses indispensables lunettes de soleil, qu’une autre s’est blessée ou que la météo imposait un demi-tour…

Elle avait pourtant démarré sur les chapeaux de roue par le Grand Paradis (4 061 m) en Italie, en mars 2017, gravissant 37 sommets en 50 jours. Mais, en décidant que son périple serait filmé, Liv Sansoz s’est compliqué la tâche. "Pour avoir une belle lumière, il fallait partir à 1 heure du matin, au lieu de 6 heures, et sur cinq ou six jours d’affilée, c’était éprouvant, confesse-t-elle. Dès qu’on passe plusieurs nuits en refuge, on ne se repose plus car il y a du monde, donc du bruit en permanence, et la moindre ampoule devient insupportable".

Au 38e sommet, en Suisse, victime d’une déchirure à la jambe, elle a dû être évacuée par hélicoptère. "J’avais besoin d’une pause, reconnaît-elle. Je ne m’étais même pas aperçue que mes orteils avaient commencé à geler".

Développement de matériel

Durant ses quelques semaines de convalescence, Liv a appris le décès de son ami Ueli Steck, 40 ans, victime d’une chute mortelle lors d’une course d’acclimatation sur le Nuptse (7 861 m), un sommet satellite de l’Everest au Népal.

Spécialiste des solos et des records de vitesse et athlète professionnel comme elle, celui qu’on surnommait "the Swiss Machine" (La machine suisse) avait réussi l’ascension des 82 sommets de 4 000 m en 62 jours, à l’été 2015. Elle rêvait de l’associer à son projet.

La météo capricieuse a ensuite continué à contrarier régulièrement les plans de Liv. Mais Salomon, l’équipementier qui a financé son épopée en mettant notamment à sa disposition un routeur météo, ne s’en plaint pas.

"A travers ce projet, explique Bruno Bertrand, directeur du marketing ski chez Salomon, Liv a exprimé sa personnalité bien trempée, son souci de la sécurité et elle nous a permis de développer du matériel qu’on aurait mis dix ans à développer avec des testeurs ordinaires". Comme une chaussure de montagne ultralégère.

"Les expéditions au bout du monde sont trop aléatoires", conclut Liv Sansoz, adepte d’une montagne "durable" . "Pourquoi partir au bout du monde, au prix d’une empreinte carbone énorme et trimballant de gros sacs sans être certain de pouvoir grimper quand on a à la maison un terrain de jeu presque infini ?". De son crapahut alpestre, elle pense avoir tiré l’essentiel. "J’y ai pris un énorme plaisir et je suis rentrée en vie", sourit-elle.