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Une histoire de forêt

17 avril 2020 - Temps de lecture: 6 minutes

J'ai décidé de passer par quelques petits propos liminaires sous forme de petits articles, préparant à un grand article de synthèse sur "comment trouver un thermique ?". En prenant des exemples très concrets qui permettront à tout le monde de comprendre le fond de ma pensée, avant le propos plus général. Et ainsi éviter aussi les mauvaises interprétations lorsqu'on abordera des thèmes comme le vol sous le vent par exemple.

Parce que oui, le cross demande de désapprendre un bon nombre de choses martelées, à bon escient, à l'école du vol libre, pour donner un cadre sécuritaire solide à nos élèves.

Je vous propose donc de vous plonger quelques minutes avec moi, dans un vol au Mont Poupet en 2013, que vous trouverez ici: https://www.paraglidingforum.com/leonardo/flight/762677 (voir aussi le vol 3D fourni par Grimaud Vincent sous https://ayvri.com/scene/v356g1gqke/ck91kjtpe00013a68dqrsqyun).

A cette époque, je travaillais beaucoup les circuits bouclés en plaine parce que j'estimais qu'ils nécessitaient un grand panel de compétences, les erreurs étant la plupart du temps tout à fait fatals.

Pour poser quelques bases pour bien comprendre: le vol se passe en juin, entre 12h35 et 18h50, soit 6h15 pour tourner à peine 80 kms en triangle (ça pose la difficulté de l'exercice). Il y a 4 moments dans ce vol...

  • phase 1: une petite branche en direction du sud-est
  • phase 2: une descente sur un cap sud sud-ouest
  • phase 3: une longue remontée au nord
  • phase 4: une rentrée sur site vent arrière quasi plein sud

Les conditions sont plutôt bonnes, avec de bons plafonds pour le secteur, un ciel faiblement marqué sur les petits reliefs et plus joli sur la plaine... mais un vent du nord somme toute consistant ! 

Et c’est justement ce vent de nord qui va me permettre d'aborder le petit thème du jour, qui est dans mon schéma d'analyse personnel le plus important: l'analyse des flux et l'identification des secteurs les plus protégés de ces flux, en corrélation bien sûr avec la puissance de notre soleil. Parce que ce sont à mes yeux les zones les plus propices. J'ai pris volontairement un exemple de plaine pour pouvoir quasiment négliger (sauf sur extraction et phase 1 du vol) l'angle auquel frappe le soleil vu qu'on néglige le facteur pente !

C'est pour ça que je vais uniquement me concentrer sur la phase 3 de ce vol, face au vent, entre le village de Poligny et celui de Quingey (pas loin de Besançon). Ouvrez la trace dans Google Earth, dans la version "most detailed, bigger size" histoire d'avoir la puissance des thermiques et l'ombre projeté au sol. Soyez y très attentif. Et on peut y aller!

Comment remonter face à ce vent du nord assez marqué pendant tout ce temps? Plus on s'écarte du bord du plateau du jura vers la plaine, plus le ciel est beau. Maintenant il me faut trouver le schéma qui va bien pour cette journée, et cette phase de vol.

Alors que j'enroule un thermique au-dessus de la forêt clairsemée de vaivres, j'analyse la situation devant. Un joli cumulus trône près de Grozon. J'y fonce. En transition j'affine mon analyse. Ok, les champs. Mais surtout une bonne grosse parcelle de forêt, que j'attaque par son côté sous le vent.

La masse d'air se met à porter, puis monter. Je mets quelques tours à bien centrer le tube, mais je me retrouve rapidement dans le meilleur thermique de mon début de vol. J'ajoute donc les données importantes du jour: ça marche sous le vent des forêts.

Nouveau cumulus devant, nouvelle parcelle de forêt: la même ogive, qui m'envoie cette fois à plus de 2000m, au plafond.

Jamais 2 sans 3, j'applique la même méthode pour le suivant entre la Ferté et Vaudrey , dans une zone carrément encerclée par de la forêt à mon ouest, mais surtout à mon nord-est. J'y trouve un thermique de la même puissance que les deux précédents, mais cette fois-ci quasi sans dérive, et pour un plafond à 2300m. 

Les trois derniers thermiques avaient une amplitude (entre 900 et 1000m) et une Vz (entre 1.9 et 2.1m/s sur la totalité de la montée) très similaires. Seul le plafond a varié.

J'aborde alors une zone de changement de rythme. Quelques rares nuelles, dans un environnement cette fois dégagé de toute forêt. Mais à 15 kilomètres de là, les abords de la forêt de Chaud sont magnifiques. 

Je traverse la zone plutôt sur des œufs. Les thermiques sans les zones de protection crées par les forêts, ont pris une petite tarte : leur amplitude est bien plus faible, ainsi que leur Vz. La vie d'un cycle semble être bien plus courte (300 à 400m d'amplitude), pour des Vz allant de 1 à 1.5. En somme, une perte de 50% de puissance. Et ils subissent la dérive, forcément. J'essaye donc de voler au maximum dans la tranche haute de la masse d'air.

Un dernier thermique couché me met en bonne position d'un superbe cumulus juste sous le vent de la forêt de Chaux. Je fonce et attrape de nouveau un superbe de cycle qui me sattelise propre et net : 2.4 m/s sur 700m de montée, sans dérive! Quelle différence! Bon je suis quand même sous le vent d'une des plus grandes forêts domaniales de France mais, tout de même...

Voilà de quoi bien illustrer, si bien sûr mon raisonnement a été le bon, ce phénomène de "poche protégée" du flux général. Donc en l'air, soyez toujours à l'affut des flux pour essayer de modéliser les écoulements de la masse d'air, pour en déduire ces zones très propice de protection. Plus la zone est vaste, meilleur c'est!

On mettra le relief dans tout cela lors d'un autre post. Ca va un peu se corser! Cet exemple de plaine permettait en tout cas déjà d'aborder ce sujet. A vous de jouer !